Jean-Michel Reusser

Jean-Michel Reusser 2015

Jean-Michel Reusser en 2015 (DR)

Selon Jean-Michel, c’est Steve Hillage qui lui a dit — lors d’une discussion après un concert en Angleterre — que j’étais un jeune musicien intéressant et que nous devrions nous rencontrer. Il était alors journaliste à Best, le magazine rock incontournable des années 70/80 et producteur à France Musique. Il est venu à la maison et je lui ai fait écouter de petites maquettes que j’avais réalisées sur mon magnétophone de l’époque (c’était un TEAC 4-pistes, je crois).

Nous nous sommes revus peu après, à l’occasion d’un concert que je situe en 1980 à l’église américaine, pour la venue en France de Ram Dass (ex-professeur de Harvard devenu bouddhiste, longtemps associé à Timothy Leary), et pendant lequel de nombreux artistes étaient appelés à se produire sur scène. Je me souviens y avoir joué avec Didier Malherbe en duo pendant cinq minutes.


Jean-Philippe au studio Ridge Farm, 1981

Jean-Philippe au studio Ridge Farm en 1981 (photo Gabriel Courlet)

C’était l’époque où tout était possible, et il m’avait proposé de m’aider à réaliser mon premier album. Nous avons rencontré Gabriel Courlet des éditions Est-Ouest Music qui représentait également Musiza, le label d’Angelo Branduardi, star internationale à l’époque, et dont les albums en français (aux textes traduits par Etienne Roda-Gill) marchaient très fort. L’équipe Est-Ouest/Musiza a produit ce premier album en nous laissant absolue carte blanche. A la prise de son et au mixage, Michel Geiss (alors en « vacances » de Jean-Michel Jarre) dont le rôle a été très important pour, entre autre, sa connaissance des synthés et sa patience infinie pour les synchroniser à une époque où le MIDI n’existait pas. L’album a été enregistré chez moi sur un 16 pistes apporté par Michel et nous avons été en Angleterre au studio Ridge Farm pour le mixage.

On a commencé à réaliser l’album, avec le concours additionnel de Francis Mandin qui me prêtait pas mal de matériel en plus de celui que je possédais déjà (CP30, Mini Moog et Prophet 5), et en particulier un synthé modulaire de chez RSF, et le séquenceur MDB associé.

Pochette du vinyle de JP RykielVous pouvez entendre ci-dessous, en cliquant sur le lecteur, le morceau « Interface-Welcome » extrait de cet album, dans lequel je fais une utilisation extensive de l’un et de l’autre.


Jean-Michel était un des piliers de Radio Ici et Maintenant, à la grande époque des premières radios pirates devenues radios libres en 1981, collaborant avec Didier de Plaige, son fondateur, qui n’hésitait pas à venir nous faire faire des séances de yoga pour nous relaxer entre deux sessions, bénéficiant pour la méditation des senteurs africaines du repas en cours de préparation dans les mains expertes d’un ami, batteur ghanéen (à qui je dédie une page spécifique dans ce lien : Agyemang !) Michel Geiss participait aussi à ces moments et c’est dans ce contexte de créativité tous azimuts qu’a fini par sortir mon album …qui n’a eu qu’un succès d’estime malgré une presse très élogieuse, peut-être parce que la musique instrumentale peine toujours, et encore aujourd’hui, à trouver son public.

Cet échec commercial n’a pas découragé Gabriel Courlet qui a tenu à mettre en chantier un deuxième album que nous avons enregistré dans un très joli studio en bordure de forêt à Saint-Nom la Bretèche. Nous y sommes restés un mois, avons vécu de grands moments dont la visite de Jon Anderson (Yes) venu tenter une version chantée de TAO (de mon premier album). Ce disque n’est jamais sorti et ça reste pour moi une catastrophe que je regrette infiniment.

Jean-Michel Reusser a continué à jouer un rôle très important dans ma vie, en me permettant de rencontrer le trompettiste américain Jon Hassell (il travaillait avec lui, à l’époque, sur l’album Aka/Darbari/Java), Jon avec qui j’ai beaucoup tourné et avec qui nous sommes partis, Jean-Michel et moi, au Canada pour enregistrer l’album Power Spot (ECM), co-réalisé par Brian Eno et Daniel Lanois.

Il est aussi à l’origine de l’aventure avec Lama Gyurmé (bien que pas à l’origine de notre rencontre initiale, en 1989). Motivé par la perspective d’une musique novatrice dont il affirme que (pour ce qu’il en savait) rien de comparable n’avait jamais été fait auparavant, il m’a fortement encouragé et poussé à aller vers ce rapprochement. C’est aujourd’hui encore lui qui s’occupe de nos concerts et de nos enregistrements.

C’est encore Jean-Michel qui a négocié les contrats de projets importants, comme ma participation à plusieurs albums de Youssou N’Dour et Salif Keita, dans la mesure où ceux-là, contrairement à d’autres projets africains plus modestes, mettaient en jeu de véritables maisons de disques, et toujours lui qui, via Taktic Music, édite actuellement la quasi totalité de mes créations.

Il m’a accompagné ensuite dans la réalisation de mon troisième album « Under The Tree », dans des conditions technologiques tout à fait différentes : je n’avais pas encore d’ordinateur, mais je disposais d’un multipistes numérique qui s’appelait le Radar. Jean-Michel a souvent eu, pour moi, le rôle très important « d’oreille extérieure », de conseiller, de réalisateur… ce qu’on appelait autrefois le directeur artistique, mais cette expression est désormais vraiment trop vieillotte. C’est le médiateur qui débloque les situations bloquées, offre ses contacts qui peuvent aussi ouvrir de nouvelles pistes (il est très ami avec Brian Eno, par exemple…).


Jean-Michel et Jean-Philippe - séance de travail en Espagne pour l'album Rain Of Blessings / Vajra Chants (photo Reusser, 1999)

Jean-Michel et Jean-Philippe – séance de travail en Espagne pour l’album Rain Of Blessings / Vajra Chants (photo Reusser, 1999)

C’est Jean-Michel qui, à l’occasion d’un diner avec Peter Gabriel, a initié le processus qui allait aboutir au deuxième album de Lama Gyurmé : Rain Of Blessings / Vajra Chants ! On peut lire son récit sur la façon dont s’est conclu ce deal dans le livret du coffret de 3 CDs que Real World a sorti (en octobre 2014) pour fêter les vingt-cinq ans du label, ou bien ici sur le site de Real World Record

D’une manière générale Jean-Michel a toujours été là pour négocier les contrats importants et pour faire le tampon entre les musiciens capricieux et moi qui ne le suis parfois pas moins. Il a pu ainsi organiser la collaboration internationale (et intercontinentale pas simple) entre Youssou N’Dour, les américains James Newton Howard, Martin Davich et moi-même pour les trois musiques de film que j’ai réalisées pour Elizabeth Chai Vasarhelyi.