LANSINÉ KOUYATÉ

L’histoire avec Lansiné s’est inscrite dans la durée, avec toute une complicité d’arrière-plan qui a mis très longtemps à se concrétiser dans du spectacle visible ou des albums, entre autres à cause de la difficulté à faire accepter les instruments électroniques et les sons modernes par les producteurs de musiques africaines. J’ai développé ce thème dans la page « producteurs frileux », de la section L’Afrique.

Le premier souvenir que j’ai, de ma rencontre avec Lansiné, remonte à 1989, au cours d’un enregistrement que nous avions réalisé dans mon home studio de l’époque, avec son frère Kassé Mady Diabaté, grand chanteur malheureusement décédé en 2019. Le producteur de l’époque, Syllart Productions avait besoin d’une dernière chanson pour boucler son album.

Pour la petite histoire, je ne disposais alors, pour superposer des pistes, que de deux enregistreurs numériques stéréo, l’un enregistrant et le deuxième branché dans la table de mixage, relisant l’enregistrement précédent, tandis que nous rejouions par dessus en réenregistrant le tout sur le premier, et ainsi de suite. Ni ordinateur, ni multipistes, et donc impossibilité de retoucher (ou « droper ») quoi que ce soit : si on se plantait, il fallait recommencer la prise depuis le début, mixage compris.

Je nourris une certaine nostalgie de ce procédé archaïque, qui nous mettait en fait dans les conditions d’un concert, avec les contraintes mais aussi l’excitation que cela impliquait.

Un des titres de cet album de Kassé Mady avec mes synthés en arrière-plan et le balafon de Lansiné

Notre deuxième rencontre a eu lieu quelques mois plus tard à l’occasion d’un enregistrement avec une chanteuse beaucoup moins célèbfre en occident, Kaniba Oulé Kouyaté, pour un autre producteur, Kal Camara (Camara productions), et cette fois pour un album entier. (extrait également ci-contre).

C’est à cette occasion que Lansiné et moi avons commencé à vraiment sympathiser.

Et ici le titre Diabate de cet album de Kaniba Oulé, enregistré chez moi dans les mêmes conditions.

Après cete séance, nous nous sommes vus de plus en plus fréquemment ; Lansiné était devenu un habitué de mon home studio, nous improvisions jusqu’à pas d’heure, mais même si je prenais soin de tout enregistrer, ces joyeuses conversations musicales sont restées à l’état de bons souvenirs, un peu parce que je ne suis pas le plus efficace pour fabriquer un produit consommable à partir de simples « jams », mais aussi du fait que Lansiné s’est alors mis à travailler avec de nombreuses stars comme Salif KEITA (chez qui il cotoyait d’ailleurs le frère de Gérald, Lucien aux claviers), mais également avec le pianiste cubain Omar SOSA, Manu DIBANGO, Mory KANTÉ… Puis un beau jour, Lansiné me fit remarquer que nous pourrions tout de même construire quelque chose à partir  de tout ce travail !

Je me suis alors trouvé piégé, car il y avait en fait peu de choses réellement exploitables dans les enregsitrements de nos improvisations, dont voici malgré tout un petit extrait, mais je sentais bien qu’il fallait repartir à zéro.

Le retour du piano

 Peut-être une quinzaine d’années après le début de ce siècle, je ne me souviens plus très bien, il s’est passé quelques chose d’inattentu, imprévu, et en fait assez magique. C’est tombé sans qu’on l’ait planifié ni voulu, en face de la fameuse démarche des producteurs frileux en faveur d’une musique africaine ne fréquentant pas les sons électroniques considérés comme « variétés », mais n’exploitant que des instruments acoustiques identifiés comme plus nobles.

C’était un après-midi. Lansiné est arrivé chez moi, et j’étais en train de me divertir au piano. Ah, le piano. Quel drôle d’animal! Un instrument très physique qui demande force et persévérance si l’on veut vraiment le dompter ! Malgré tout, il paraît que mon jeu de piano a du charme. Ça a commencé en 2012 aver Mory Djelly Kouyaté, et c’est peut-être ce même charme qui a opéré ce jour-là.

Lansiné sonne, je lui ouvre, on se salue, il monte son balafon sur son pied, je démarre l’enregistrement, me remets au piano et on joue. Après une demi-heure on s’arrête, on se tourne l’un vers l’autre, sidérés et transis, et on fait « Wow ! Mais c’est ça qu’il fallait faire ! »

On a fait écouter ça à diverses personnes, dont Gilles FRUCHAUX, de cette fantastique maison de disques qui s’appelle Buda Musique (qui édite par ailleurs un grand nombre d’amis et de gens de qualité !), qui a tout de suite été conquis, et on a donc enregistré cet album : Kangaba-Paris, dont je vous propose le titre éponyme ci-contre.

Cet album n’est sorti qu’en 2018 et vous pouvez donc apprécier tout le temps qu’il a fallu pour faire mûrir cette aventure.

Entretemps, il y avait eu divers épisodes dont un unique concert qui avait été organisé par Christophe MEYER (ami récemment disparu) et où on jouait en première partie de DOUDOU N’DIAYE ROSE, concert qui était retransmis par Radio FG. Il s’agissait bien déjà de notre duo piano-balafon, mais àl’état embryonnaire, en totale improvisation pendant quelques 45 minutes !

La vie continue depuis avec plein de projets en cours, dont le travail sur les enregistrements de Kassé Mady, aussi bien ceux réalisés chez moi que d’autres effectués au Mali avant son décès, dans l’idée de sortir un album posthume, avec pas mal de musiciens invités, dont Mokhtar SAMBA et d’autres.

 En 2019, nous avons également participé ensemble, accompagnés de Boubacar DANTÉ aux percussions, à une session improvisée dans le cadre d’un stage de prise de son en surround 5.1 organisé au CNSM (Conservatoire National Supérieur de Musique) par Philippe TEYSSIER DU CROS, et dont vous pouvez entendre la trace capturée en stéréo ici (CNSM Groove).

Je voudrais aussi rendre hommage à Isabelle GRÉMILLET, qui nous a trouvé plusieurs concerts et qui a été, en particulier, à l’origine du concert de Sarcelles tout récemment (4 juin 2023) et dont vous pouvez retrouver ici la quasi intégralité sous la forme d’une dizaine de vidéos YouTube. J’attire en particulier votre attention, ci-dessous, sur notre version du premier prélude du Clavier Bien Tempéré de J.S. Bach, qui est bien dans le genre d’innovation que nous explorons ensemble.

H

« Solo » Coulibaly

I

Mokhtar Samba