Soulaymane Coulibaly, dit « Solo »

Solo est un ami burkinabé de longue date. Lorsque je l’ai rencontré, c’était avec deux de ses frères cadets, les jumeaux Lassina et Ousséni, hélas décédés du SIDA l’un après l’autre il y a déjà quelques années.
Les Coulibaly sont griots, descendants d’une longue lignée, qui ont pour mission de perpétuer l’héritage musical de leur clan, et au-delà, toute l’histoire de leur peuple, dans une tradition essentiellement orale. Mais ils savent aussi faire preuve de créativité et de modernité, et sont totalement impliqués dans l’éducation de la jeune génération et dans l’évolution sociale de leur pays.

Solo avait fondé avec ses frères en 1989 le groupe « Les Frères Coulibaly ». Il l’a ensuite élargi à huit membres sous le nom de « Badenya » (qui veut dire, effectivement, « la famille » !).

La vidéo ci-dessous est une compilation de différentes prestations de cette « famille » antérieures à 2004, et qu’ils ont mise en ligne en hommage aux deux jumeaux décédés.

Ils ont ensuite encore fait évoluer la formation en créant à Bobo-Dioulasso une école de musique traditionnelle, Barafolly, qui permet aux jeunes de milieux défavorisés de se former en musique tout en suivant une scolarité prise en charge par l’association.

Je ne résiste pas au plaisir d’inclure ici aussi la très belle présentation de l’école Barafolly réalisée par Agnès Aubert, avec de très jeunes enfants tout à fait étonnants, et Solo en train de leur montrer l’utilisation du balafon.

Je suis resté en contact très étroit avec Solo et toute sa famille, tous pratiquant percussions, balafons et autres instruments.


Lors d’une nuit passée à Bobo Dioulasso, en 2013, j’ai pu enregistrer le « papa de Solo » (alias Molobaly Coulibaly) jouant d’un tambour ancien appelé garango, long cylindre de bois creux d’un mètre ou plus, recouvert de deux peaux aux extrémités. Il se porte par une lanière sur l’épaule et se joue avec deux baguettes. C’est un instrument utilisé lors des mariages traditionnels bwamou, mais aussi, comme on va le voir, lors des travaux des champs.

Gérald me demandait, en préparant cette page, si ce tambour entrait dans la tradition des « tambours qui parlent » africains, et si oui, ce que voulaient dire ces extraits (imaginant, je crois, une sorte de code morse ou quelque chose comme ça !). J’ai éclaté de rire et lui ai répondu « mais Gérald, tous les tambours parlent, en Afrique ! ». Après quoi nous avons convenu que ce sujet des « langages tambourinés » pouvait mériter une étude et une page spécifique « Tambours qui parlent » dans le chapitre « L’Afrique », et que les deux extraits ci-après pouvaient en constituer une bonne introduction : le deuxième donne en effet partiellement l’explication de ce qui est raconté par le « papa de Solo » dans le premier, et contient également une description de l’instrument, le garango.

Le « papa » de Solo 1 © Musykiel 2013

Le « papa » de Solo 1 © Musykiel 2013

Selon Solo dans l’extrait ci-dessus, son père aurait 97 ans ! Je ne sais pas si cet âge est exact mais si ce n’est pas le cas, ce serait par excès et non par défaut ! Car en Afrique, contrairement aux occidentaux (et occidentales !) qui ont toujours tendance à vouloir se rajeunir, les gens ont, au contraire, tendance à se vieillir. Leur rapport avec la vieillesse est très différent du nôtre. Et en y réfléchissant que vaut-il mieux ? Une chair ferme, et un visage sans rides, ou l’expérience de la vie qui amène, peut-être, une certaine sagesse ?