Freduah Agyemang

Agyemang - portraitOn le connaît comme batteur dans Bloom, avec Didier Malherbe, mais à l’origine (on remonte autour de 1979) il jouait avec d’autres musiciens, et je l’ai rencontré par hasard à une fête à laquelle ils étaient présents. Peu de temps après on s’est encore retrouvés dans un lieu où il y avait un Fender Rhodes et où sa batterie était montée. Un bassiste antillais était là, Félix Dulac (malheureusement décédé depuis), On a commencé à délirer ensemble, on faisait vraiment n’importe quoi, dans l’ambiance de l’époque où les esprits étaient ouverts et peut-être moins angoissés.

Je ne connaissais alors rien de l’Afrique : il y avait juste eu cette émission sur France Inter qui s’appelait Bananas, avec Patrice Blanc-Francard, qui diffusait des trucs africains : Manu Dibango, Pierre Akendengué, beaucoup de musiques des Caraïbes, de la Réunion, musiques cubaines aussi, c’était très mélangé. Cela m’avait fait développer une attirance particulière pour l’Afrique avant même de la connaître.

Avec Agyemang, on a commencé à monter un groupe, on était fous de Weather Report (lien vers le morceau emblématique de ce groupe : Birdland joué en public), on n’écoutait que ça, on ne jurait que par ça, mais le groupe n’a jamais vraiment décollé parce qu’on faisait ça en dilettante, on se dispersait trop dans des expériences et vapeurs diverses, et encore, j’étais de loin le plus sobre !


Le Ghana sur une carte de la corne de l'AfriqueToujours est-il qu’Agyemang m’a fait faire mon premier voyage en Afrique, on est allés au Ghana ensemble (son pays natal), juste après que j’aie finalisé mon premier album. Nous étions fin décembre 1981, et le 4 janvier 1982, quatre jours après notre arrivée, il y a eu le coup d’état de Jerry Rawlings, avec couvre-feu, tous nos projets musicaux tombés à l’eau (on pouvait juste jouer un peu l’après-midi). En fait et paradoxalement, cela m’a permis une découverte très intime de l’Afrique, car je vivais dans sa famille, partageant totalement leur mode de vie, confronté à plein de choses en même temps qui m’ont donné envie de rester en contact avec ces gens : des maisons dont les portes n’étaient jamais fermées (je ne sais pas si c’est encore le cas aujourd’hui), trois ou quatre générations sous le même toit sans que cela pose de problème, manger avec la main dans le même plat ! J’adorais ça, parce que mes parents me disputaient tout le temps quand je mangeais avec les mains (alors que dans mon cas c’est beaucoup plus pratique), et là je pouvais le faire impunément et avec grand plaisir…

Agyemang sur son perronCette situation recluse a duré sept semaines, pendant lequel on ne pouvait pas faire grand chose. Je me souviens d’un après-midi où on écoutait en boucle mon premier disque qui venait de sortir : on a entendu une série de coups de feu puis des coups à la porte et un soldat crier « the music is too loud ! ». On s’est retrouvés morts de trouille alors qu’on écoutait simplement mes compositions sur un radio-K7.

Il y a eu ainsi deux ou trois autres incidents avec des soldats qui jouaient les gros bras, mais pas de dommages.

La maman d’Agyemang, qui était une femme vraiment adorable, m’avait adopté comme son fils, et ça s’est résumé en une très belle première aventure qui a déclenché toutes les autres.


Le fils de Freduah, Thibault Agyemang, est également musicien, il crée des musiques de film et c’est d’ailleurs lui qui a réalisé la bande-son de Kirikou et les Hommes et les Femmes (ci-dessous).