Léonard Cohen

C’est à moi que Léonard Cohen avait fait appel pour réaliser les arrangements de son superbe morceau « Take This Waltz » dont les paroles sont une traduction en anglais d’une œuvre du poète espagnol Frederico Garcia Lorca le Pequeño vals vienés. Vous pouvez en découvrir ci-dessous la version originale de 1986 (production Reusser-Cohen), dans laquelle j’ai tout fait à la maison avec mes synthés.

 

…ainsi que la version ultérieure qu’il a insérée dans son album « I’m Your Man » deux ans plus tard, dans laquelle la violoniste Raffi Hakopian ajoute de superbes interventions et où Jennifer Warms accompagne Léonard de sa belle voix suave. Les cinéphiles auront découvert plus récemment cette chanson dans le film « Love, etc. » (1996) de Marion Vernoux avec Charlotte Gainsbourg et encore plus récemment avec le film éponyme « Take This Waltz » de Sarah Polley sorti en 2011.

 

Que dire ? Il a la simplicité des grands… J’ai rarement rencontré quelqu’un d’aussi célèbre et d’aussi humble à la fois. Il est tout simplement humain… Il était venu sans sa guitare mais avec un petit clavier arrangeur de chez Technics, je m’en souviens encore. Il m’a joué sa chanson. Le tempo en était un peu plus lent et ça faisait… disons-le sans mépris… « balloche ». Comme la chanson parlait de valse je lui ai proposé de faire quelque chose dans le genre valse viennoise, et je lui ai joué un exemple au synthé. Il a juste commenté : « tu ne peux pas me le rejouer un petit millier de fois, s’il te plaît ? ».

Ça c’est déroulé ainsi : il avait pris une chambre d’hôtel à proximité de chez moi, et venait tous les jours écouter la progression du travail. Il avait enregistré sa voix sur un magnétophone que je synchronisais avec mon séquenceur. De temps en temps il remettait en question un accord, discutait un choix de son, toujours avec une extrême gentillesse et des remarques comme « Ah, tiens, ce passage me semble peut-être un peut trop illustratif à mon goût… ».

Il m’avait vu me servir d’un petit synthé que je porte souvent en bandoulière (encore aujourd’hui !) et avec lequel j’utilise le contrôle de souffle. Il m’a demandé de l’utiliser pour la mélodie de la fin, mais je ne lui ai pas tout à fait obéi : j’avais branché mon Breath Controller dans le DX7 sur lequel j’avais fabriqué un son de trompette un peu dans le style « mariachi », qui a finalement bien convenu. Pour l’enregistrement de la vraie voix, nous nous sommes déplacés au studio Montmartre, car je ne disposais pas, à l’époque, d’un magnétophone multipistes à la maison.

On s’est revu un peu après pour une autre chanson mais ça n’a pas fonctionné aussi bien, qui sait pourquoi ? J’ai de ses nouvelles de temps en temps par un ami commun.