Tim Blake

Sam Rykiel (Photo Rykiel, 1973-DR)

Sam Rykiel (Photo Rykiel, 1973-DR)

Ma rencontre avec Tim Blake est à peine croyable et nous fait remonter en 1973, alors que mon père était encore vivant. Il m’avait emmené au festival de Tabarka, en Tunisie, où se produisait, entre autres, le groupe Gong (dont faisaient aussi partie Steve Hillage et Didier Malherbe, avec qui nous ne rencontrerons vraiment que beaucoup plus tard. On reviendra sur eux plus loin).

J’avais onze ou douze ans et il faut situer qu’en cette première année du festival, il régnait une ambiance très particulière de franche camaraderie, sur fond d’imprégnation par des substances diverses (dont j’étais exclu vu mon jeune âge). Beaucoup de barrières étaient abattues, incluant les barrières réelles séparant le public de la scène et des musiciens. Au début de ce concert de Gong, je demande donc à mon père « Papa, est-ce que je peux aller voir le synthétiseur du monsieur sur scène ? ». À quoi il répond « Oui, oui, je t’y amène tout de suite ! » et il me hisse sans vergogne sur scène en plein concert ! Je dis alors à Tim : « S’te plait, est-ce que je peux voir ton synthé ? ». C’est une situation absolument inimaginable aujourd’hui. Zappa avait fait une série d’albums sur ce sujet des choses qu’il serait impossible de faire sur scène aujourd’hui et qui s’appelait « You Can’t Do That On Stage Anymore ! ».

Je suis donc monté sur scène, à onze-douze ans, j’ai accédé au synthétiseur de Tim, un VCS3 de la marque EMS, accompagné de son clavier, et j’ai fait le bœuf avec Gong en plein festival, comme ça. Un peu fou et inimaginable de nos jours.


Jean-Philippe et Tim Blake en 1978 (DR)

Jean-Philippe Rykiel et Tim Blake, 1978 (DR)

Nous nous sommes revus avec Tim quatre ou cinq ans plus tard, par l’intermédiaire d’un ami aveugle qui le connaissait aussi, et qui m’a amené chez lui. Tim en me reconnaissant s’exclame « Mais c’est pas possible ! C’est le petit bonhomme que j’avais vu à Tabarka ! ».

C’est à ce moment-là que notre amitié a vraiment débuté et qu’il m’a enrôlé dans son groupe Crystal Machine qui ne comportait que deux membres à l’époque : Tim et Patrice Warrener qui gérait les lasers. Je suis donc devenu un temps le troisième larron du groupe avec lequel nous avons quand même été jouer jusqu’à Tokyo, incluant une participation active de ma part à l’album « Blake’s New Jerusalem », enregistré en 1978 dans les studios Barclay de l’avenue Hoche, et mixés par son directeur, Gérard Lehner, ingénieur du son de Jacques Brel, Léo Ferré, Barbara et… Jimi Hendrix !

Il y a eu ainsi de grands moments de « bœufs » interminables et mémorables, sous forme de répétitions entre la sortie de l’album et la tournée au Japon… mais intégrant une grande part d’amusements et de délires dont j’ai gardé un excellent souvenir. Il en existe, je crois, quelques enregistrements sur DAT dont je vous ferai profiter quand je les aurai retrouvés !


Nous nous sommes retrouvés ensuite de nombreuses fois, comme au festival de Glastonbury, en Angleterre, en 1982, où on peut me voir ici improviser seul sur scène.

…jusqu’au dernier concert qu’on a fait ensemble en 2006 à Amsterdam, ci-dessous, dans le morceau Tide of the Century. Naturellement les instruments ont évolué au fil du temps, son VCS3 est désormais virtuel…


Tim Blake dispose de son propre site internet en français (entre autres) très bien documenté dans lequel il a eu la gentillesse de me consacrer une page au sein de laquelle il donne sa version de notre improbable rencontre.
C’est quelqu’un qui m’a beaucoup aidé, motivé dans ma démarche musicale. C’est en plus un homme très cultivé, qui n’a pas du tout le même passé musical que moi (il n’a pas de formation de pianiste par exemple), il se situe beaucoup plus dans le mouvement de la musique électronique, et n’utilise d’ailleurs pas que le clavier comme contrôle pour jouer avec les sons.