Rythme

L’Afrique est rythme, intégralement, et c’est la raison pour laquelle je choisis le singulier. Tout comme on dirait « la forêt » pour désigner un ensemble beaucoup plus vaste que ne le seraient « les forêts » même bénéficiant du pluriel, « Rythme » représente un concept bien plus large que « les rythmes » et a fortiori « les rythmes africains ».

C’est Prosper Niang qui m’a donné les clés de la musique sénégalaise, de ses rythmes et de leur compréhension. Il l’a fait immédiatement, avec toute sa générosité, et sans que je lui aie rien demandé !


Le Sabar.

À commencer par le Sabar (ci-dessous), qui est un des rythmes fondateurs au Sénégal, il m’a expliqué une chose que je soupçonnais mais qui, dans la musique sénégalaise, est une évidence et qui constitue une différence fondamentale avec les musiques occidentales dans presque toutes les musiques d’Afrique, c’est que le temps fort n’est jamais accentué : il est suggéré.

 

Une autre vision du rythme.


Un ethnomusicologue appelé Simha Arom (celui qui a enregistré les pygmées utilisés par Deep Forest) disait d’ailleurs que pour reconnaître le temps fort, il fallait « regarder les danseurs ». C’est quelqu’un pour qui j’ai une grande estime, qui a étudié très profondément les cultures d’Afrique centrale avec une réelle expérience de terrain, mais avec qui les contacts ébauchés téléphoniquement n’ont pas donné de suite et je le regrette.

Pour en revenir aux temps forts, j’ai eu l’occasion de faire écouter de la musique classique à des gens, en Afrique, qui n’avaient pas été au contact d’une éducation classique occidentale. Ils trouvaient Bach ou Mozart juste « jolis » mais sans enthousiasme, presque par politesse. Par contre une œuvre les a fait « frissonner » (selon leurs termes), et il s’agissait des premiers mouvements de Daphnis et Chloé de Maurice Ravel. Je pense que c’est parce que c’est une musique pratiquement arythmique, très atmosphérique… qu’ils n’avaient jamais entendue.

Par contre le contrepoint, les variations Goldberg etc. leur semblent rythmiquement trop prévisibles.

J’aurais peut-être dû essayer Strauss. La valse viennoise, bien interprétée, laisse apparaître des inégalités dans les temps… qu’on retrouve dans les rythmes ternaires africains où les temps sont souvent inégaux.